Si l’on considère qu’une batterie de portable(1) contient approximativement 10 Wh, une recharge électrique « classique » occasionne approximativement 0,5 gramme d’équivalent CO2, sachant que le contenu carbone d’un kWh avoisine actuellement 50 g éq.CO2 en France selon le gestionnaire de réseau RTE(2).
Dans le cas d’une recharge « humaine », les concepteurs de ces dispositifs (comme WeWatt dans le cas des vélos « WeBike ») considèrent qu’il est possible de recharger sa batterie au tiers en pédalant pendant 20 minutes. Une personne peut générer sans trop d’efforts une puissance externe de 30 W(3) mais cette production même modeste nécessite une dépense métabolique bien plus importante(4), compte tenu du faible rendement thermodynamique du corps humain(5). Durant un effort sportif de ce type, le métabolisme peut absorber jusqu’à 6 à 8 fois plus d’oxygène qu’au repos et augmenter par la même occasion ses émissions de CO2 en expirant(6).
On peut surtout supposer que cette dépense d’énergie est par la suite compensée sous forme de nourriture par la personne ayant pédalé. Si cette personne consomme par exemple un pain au chocolat de 60 g à la suite de son effort, l’impact carbone est d’environ(7) 125 g éq.CO2, soit environ 250 fois le niveau des émissions liées à une production d’électricité « classique ». Dans une situation plus fantaisiste, la consommation d’une côtelette d’agneau grillée de 200 g pourrait encore multiplier par 30 cet impact carbone(8).
Evidemment, cette simulation a ses limites(9) mais vise à relativiser le caractère « écologique » des vélos producteurs d’électricité dont la fabrication est elle aussi facteur d’émissions (notons toutefois qu'ils peuvent, comme WeBike, être conçus à l'aide de nombreux matériaux récyclés). Ces dispositifs présentent en revanche un intérêt beaucoup moins contestable : ils contribuent à la bonne santé des usagers en les incitant à pratiquer une activité sportive (il est d'ailleurs possible d'imaginer que cette séance de vélo remplaçe l'abonnement à un club de sport avec déplacement afférent). Selon de nombreux voyageurs, ils leur permettent également de gérer leur attente de façon plus ludique. Et de « mériter » un pain au chocolat ?
Pédaler pour produire de l'électricité présente avant tout l'intérêt de contribuer à la bonne santé des usagers. (WeWatt)
Sources / Notes
- Dans le cas d’un smartphone Galaxy S4 de Samsung de 2 600 mAh.
- Données RTE. Notons que le résultat de cette simulation serait différente en Allemagne ou en Chine où le mix électrique est bien plus carboné.
- Il produit donc près de 10 Wh durant ces 20 minutes. Une recharge complète pourrait engendrer une dépense d’environ 30 Wh pour la personne pédalant.
- Activité musculaire et dépense d'énergie, Revue des maladies respiratoires.
- Les rendements dans les activités humaines (rapport du travail utile à la variation nette d'énergie interne) sont inférieurs à 30%. Thermodynamique et métabolisme humain, Réseau pédagogique neuchâtelois.
- Un sujet de 80 kg pédalant pendant 15 minutes pour recharger son portable consomme approximativement entre 25 et 29 litres d’oxygène. Pour un exercice d’intensité modéré, le quotient respiratoire (V CO2 / V O2) est de 0,75 à 0,8, ce qui revient à une émission de 20 à 23 litres de CO2 selon le Professeur Xavier Bigard, Professeur agrégé du Val-de-Grâce.
- Selon les estimations de l’étude de cas Ademe/INRA de mars 2011 évaluant l’impact carbone d’un pain au chocolat à 209 g éq. CO2/100 g.
- L'impact carbone de ce produit étant de 2 295 g éq. CO2/100 g.
- Les émissions prises en compte par RTE dans le cas de la production d’électricité « classique » se limitent aux émissions directes d’exploitation mais ne prennent pas en comptent celles générées lors de la construction des moyens de production ou lors du cycle d'extraction/transformation/transport des combustibles utilisés. L'effort consenti par un cycliste lors de la recharge n'est par ailleurs pas nécessairement compensée par un apport calorique qui est généralement trop important.