Fin de l’ARENH… pour le meilleur et pour le pire ?

Nicolas Goldberg

Associé énergie chez Colombus Consulting
Responsable du pôle énergie chez Terra Nova

Introduit par la loi sur la Nouvelle Organisation du Marché de l’Electricité (NOME) en 2010, l’Accès Régulé à l’Electricité Nucléaire Historique (ARENH) s’arrêtera en cette fin d’année 2025. À partir du 1er janvier 2026, exit le nucléaire à 42€/MWh : EDF vendra désormais la totalité de son nucléaire sur le marché, pour le meilleur comme pour le pire suivant le niveau de prix de ces marchés.

Qu’EDF cesse de vendre son nucléaire à 42€/MWh, est-ce une mauvaise nouvelle ? Tout dépend du point de vue duquel on se place. Chez EDF, le dispositif de l’ARENH a toujours été vécu comme une spoliation, un dispositif asymétrique dans lequel d’autres tiraient les profits de leur travail, sans en porter les risques. Ainsi, entre 2015 et 2018, quand les marchés évoluaient en-dessous de 42€/MWh, tous les consommateurs et fournisseurs s’étaient détournés du système de l’ARENH, laissant EDF seul avec son nucléaire à vendre sur les marchés à un prix inférieur à 42€/MWh. 

Pendant la crise de la COVID-19, même scénario : faisant jouer une clause de force majeure, confirmée par la justice, des fournisseurs alternatifs ont rendu à EDF le nucléaire acheté pour lequel ils ne trouvaient pas de débouchés. Cette asymétrie de l’ARENH a ainsi été au cœur des débats : pourquoi EDF devrait porter systématiquement pour son nucléaire les risques à la baisse des marchés mais pas les bénéfices à la hausse ?

Pour remédier à cela, toute tentative d’introduction d’un plancher pour EDF aura échoué, bien que beaucoup d’acteurs continuent de plaider pour un contrat pour différence avec un plancher de revenu pour EDF. En effet, introduire un plancher de revenu pour le nucléaire permettrait d’avoir un prix fixe régulé mais serait assimilable à une aide d’État, posant ainsi la question de la structure d’EDF déjà évoquée lors du projet Hercule qui a été abandonné. Quoiqu’il en soit, avec un prix non réévalué depuis 10 ans et une part dans les factures qui diminuait avec le temps, le dispositif de l’ARENH arrivait à bout de souffle et semblait condamné.

Le tarif régulé des particuliers devrait en fait être stable l’an prochain. Cependant, certains industriels s’alimentant principalement avec l’ARENH devraient bien voir leurs factures augmenter.

Stopper ce dispositif ne sera toutefois pas sans effet pour les consommateur. Contrairement à ce que certains politiques ont avancé pendant la crise en prétendant que l’ARENH ne profitait pas au consommateur et ne faisait que ruiner EDF, l’ARENH se retrouvait bien dans les factures des consommateurs et les difficultés financières d’EDF pendant la crise n’étaient pas dues à ce dispositif mais à la faible disponibilité du parc nucléaire. 

Ainsi, l’UFC Que Choisir a calculé que si l’ARENH avait disparu dès cette année, les factures des particuliers seraient 19% plus élevées. Ce chiffre est toutefois trompeur car la fin de l’ARENH en 2026 devrait être compensée par la baisse des prix de marché, tant et si bien que le tarif régulé des particuliers devrait en fait être stable l’an prochain. Cependant, certains industriels s’alimentant principalement avec l’ARENH devraient bien voir leurs factures augmenter.

Nous pourrions débattre longtemps des calculs des uns et des autres mais la conclusion est à chaque fois la même : le nucléaire à 42€/MWh est terminé, pour les concurrents d’EDF comme pour les clients au tarif régulé ou ceux en offre de marché chez EDF. Par conséquent, le nouveau système, hors crise, sera moins avantageux pour le consommateur qui ne profitera plus d'un prix obsolète du nucléaire. Le remplacement par un système de taxation/redistribution, dont il n’est pas encore sûr qu’il fonctionne bien, reste à préciser. Dans toute cette discussion, il n’est pas possible de dire en même temps qu’EDF doit s’assurer des revenus confortables pour réaliser ses investissements et qu’en même temps, les consommateurs doivent bénéficier de prix les plus bas possible : tout est une question d’arbitrage.

Pour l’avenir, trois questions restent en suspens. La première est de savoir comment EDF pourra assurer sa stabilité financière si les prix de marché chutent, ce qui pourrait arriver en cette période de faible consommation électrique et d'abondante production. Avec une vente au marché, EDF pourrait certes dégager des profits en période de prix haut mais n’est en rien protégé contre une période de prix bas. La deuxième serait de préciser le mécanisme de taxation et de redistribution. En l’état, les articles de loi votés restent largement sujets à interprétation sur les niveaux de taxation et les modalités de redistribution sont indéfinies. Il n’est d’ailleurs pas acquis que ce système soit efficace, compte tenu du décalage potentiel entre une hausse de marché, la taxation d’EDF et la redistribution aux consommateurs. Enfin, dernière question et pas des moindres : comment faire pour que tous les consommateurs payent un juste prix au regard leur besoin ? Un ménage aisé ou une banque peut parfaitement s’acquitter d’une électricité autour de 70 €/MWh sans que cela ne pénalise son activité. Ce n’est en revanche pas le cas d’une aciérie ou d’un chimiste soumis à la concurrence internationale dont les coûts d’approvisionnement en électricité détermine directement la pérennité de l’activité.

Tout ceci alimentera largement les débats, en 2025 comme après, tant ces années d’électricité à 42 €/MWh et les débats sur l’accès régulé au nucléaire façonnent les débats français sur l’électricité. Dans ce débat, rappelons-nous que les textes européens permettent largement à la France de mettre en place ce qu’elle souhaite… à condition de se mettre d’accord avec elle-même ! Attention donc à la tentation du bouc émissaire européen : il est rarement profitable au bien commun.
 

Commentaire

Yann
Merci pour cet article très clair qui rappelle et explicite certaines vérités trop souvent ignorées comme l'iniquité de ce schéma AREHN. Il conviendrait peut etre de travailler à une rémunération du MW pour le producteur en complément du MWh car la sureté du système est bien assurée par le MW. RTE serait bien placé pour faire une proposition en ce sens car lui seul est responsable de la continuité de fourniture. A titre d'exemple 1 MW Nucléaire est rémunéré comme 3 MW Eolien en raison de leur ratio de productibilité. Le client tout électrique doit assumer le risque et la performance qu'il demande au système électrique.
Goldorak
Je doute qu'on arrive un jour à ce genre de calcul, sachant que même EDF risquerait de finir pénalisé vu qu'ils ont aussi de la production Eolienne et solaire. Pour moi, la solution à court terme réside plus dans les solutions de stockage qui sont désespérement faibles au regard du volume de renouvelable non pilotables. Les batteries, bien sur qui serait efficace au niveau journalier, mais aussi les STEP, ou la production d'hydrogène pour l'industrie
EtDF
Merci monsieur Goldberg Article très interessant et bien détaillé, montrant ainsi les différents niveaux de la balance économique. Commentaires éclairés de Yann et Goldberg.. Je retiens qu'EDF procéde de MW nucléaires et de MW renouvelables.Cette dernière ressource serait être toujours minoritaire chez EDF, mais l'entreprise peut ainsi ajuster librement de la conduite des productions et non la subir. Ceci dit la réflexion du stockage a du sens.. mais ne pas compter trop sur les batteries ou sur l'hydrogène, qui restent tous les deux très chers et plotôt lourdingues (et je suis un spécialiste de la dernière filière). Reste le STEP à mon avis. Mais le paysage semble un peu saturé!
Schricke Daniel
à EtDF Les STEP restent, en effet, les seuls dispositifs fiables et rationnels pour stocker de l'électricité... Mais, d'une part, le niveau du stockage reste, quand-même limité (Permet de "faire la soudure" pour quelques heures, voire quelques jours ! pas beaucoup plus) Et d'autre part (et surtout !) pour avoir eu le privilège de suivre d'assez près, la construction du barrage de Grand-maison, en Isère (pour lequel nous avons "déplacé des montagnes" !...) je suis en mesure d'affirmer que "l'acceptation sociale" d'un nouveau projet, quel qu'il soit, ne sera pas qu'une "promenade de santé" !(en supposant qu'il existe encore des sites exploitables comme celui de Grand-maison !)
Lecteur 13
Une question un peu simplette ... mais l'article Glodberg est très bon et les commentateurs ont l'air de s'y connaître, donc je la pose. Quand le prix de MWh est faible, au dessous du "prix de revient" d'EDF ou du "prix régulé" conclu auprès des clients, ... cela doit certainement correspondre à une offre un peu trop abondante et à une demande plutôt trop faible... non ? La meilleure des réponses ne serait-elle pas, alors, au moins de temps en temps, de fermer pour un moment des capacités de génération et d'acheter l'électricité attendue par les clients d'EDF auprès de producteurs condamnés à produire car disposant de moins de souplesse de production ?
Pierre 29
ARENH? Pour moi c'est simplement un moyen de faire gagner de l'argent à des "traders", ces gens qui surveillent les marchés avec leurs écrans et algorithmes, totalement improductifs mais prêts à vendre n'importe quoi n'importe où du moment qu'il y a de la marge à encaisser. Sciure de bois slovène, viande de cheval roumaine, MW francais ? Quelques coups de fil,quelques mails et c'est gagné !!

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