Dans cette étude en anglais réalisée à la demande du gouvernement allemand(1), l’AIE et l’Irena (Agence internationale pour les énergies renouvelables) exposent chacune les trajectoires énergétiques mondiales d'ici à 2050 qu’elles jugent nécessaires afin d’atteindre (avec une « probabilité de 66% ») l’objectif des « 2°C » fixé lors de la COP21(2). Elles indiquent également les investissements associés à leurs scénarios.

Les deux agences présentent des trajectoires légèrement différentes mais s’accordent sur un « budget carbone »(3) dont dispose le secteur énergétique mondial pour atteindre la cible des « 2°C » : 790 milliards de tonnes de CO2 entre 2015 et 2100(4). Selon ce rapport, les « contributions nationales » présentées par les différents pays lors de la COP21 seraient, si elles sont respectées, susceptibles de porter les émissions du secteur énergétique à 1 260 milliards de tonnes de CO2 d’ici à 2050, soit 60% de plus que le « budget » énoncé d'ici à 2100.

Dans le scénario envisagé par l’AIE, les énergies fossiles seraient « toujours nécessaires en 2050 », en particulier le gaz naturel, mais elles ne devraient alors compter que pour 40% de la consommation mondiale d’énergie, soit environ la moitié de leur niveau actuel dans ce mix. Les énergies solaire et éolienne combinées pourraient devenir la première source d’électricité à l’horizon 2030. Des mesures d’efficacité énergétique « offensives » devraient être mises en œuvre afin de réduire l’intensité énergétique de l’économie mondiale de 2,5% par an en moyenne entre 2014 et 2050 (soit une baisse trois fois et demie plus forte que celle des 15 dernières années).

Au total, l’AIE chiffre à 3 500 milliards de dollars par an en moyenne les investissements mondiaux liées à l’énergie nécessaires entre 2016 et 2050 pour mettre en œuvre son scénario « 2°C », ce qui revient à les doubler par rapport à leur niveau actuel. En matière de production, l’AIE estime que les investissements pourraient rester proches de leur niveau actuel sous réserve d’une « réorientation fondamentale » de ceux-ci vers les énergies renouvelables (au détriment des énergies fossiles). Du côté de la demande, l’AIE envisage une multiplication par 10 des investissements dans l’efficacité énergétique et les technologies bas-carbone d’ici à 2050, ces investissements s’approchant des 3 000 milliards de dollars par an durant la décennie 2040.

L’Irena plaide pour sa part pour une contribution plus forte encore des énergies renouvelables (avec un objectif de 65% de renouvelables dans la consommation d’énergie finale en 2050 contre 16% en 2015) et une réduction des deux tiers de la consommation d’énergie fossile d’ici à 2050. Il en résulterait pour le secteur énergétique des investissements plus élevés, dépassant 4 000 milliards de dollars par an en moyenne d'ici à 2050, mais l’Irena estime que la réduction des impacts du changement climatique et sur la santé humaine (grâce à la trajectoire des « 2°C ») pourrait permettre d’ « économiser entre deux et six fois plus que les coûts de la décarbonation ».

Sources / Notes

  1. L’Allemagne assure actuellement la présidence du G20. Cette étude a été présentée à l’occasion de l’ « Energy Transition Dialogue » à Berlin en mars 2017.
  2. L’accord de Paris fixe pour objectif de stabiliser le réchauffement climatique dû aux activités humaines « nettement en dessous » de 2°C d’ici à 2100 (par rapport aux températures de l’ère préindustrielle) en renforçant les efforts pour atteindre la cible de 1,5°C.
  3. L’AIE et l’Irena utilise des données du GIEC pour prendre en compte les émissions des autres gaz à effet de serre qui ne sont pas abordées ici.
  4. Le budget carbone total (comprenant les usages non-énergétiques) est évalué par l'AIE et l'Irena à 880 milliards de tonnes de CO2 entre 2015 et 2100.