Des vœux pieux face au scénario du « réel » ?
Dans son nouveau World Energy Outlook, l’AIE souligne que « les pressions sur le système énergétique ne vont pas fléchir dans les décennies à venir »(2), alors que la population mondiale pourrait croître de près de 2 milliards de personnes d’ici à 2050, avec une hausse du niveau de vie des pays en voie de développement. Autrement dit, le système énergétique dans son état actuel est incompatible avec le « défi climatique ».
L’AIE entend alerter les décideurs qui se réuniront lors de la COP26 à Glasgow (31 octobre - 12 novembre) sur les différentes voies possibles pour réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre du secteur énergétique. Elle présente principalement 3 scénarios (par niveau décroissant de réduction des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050) :
- un scénario dit « Net Zero »2L’AIE avait déjà publié en mai 2021 un rapport « Net Zero by 2050 » dédié à ce scénario
; - un scénario dit « Announced Pledges » (2)2aux alentours de 2025 (3)toujours pas stabilisée
; - un scénario dit « Stated Policies »révèle une image bien différente2proches des niveaux actuels.
Précisons que l'AIE fait également référence à un quatrième scénario dit « Sustainable Development » dans lequel tous les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre annoncés sont respectés et qui intègre en plus des efforts supplémentaires à court terme afin que les économies avancées atteignent des émissions nettes nulles d'ici 2050 (vers 2060 pour la Chine et d'ici 2070 au plus tard pour tous les autres pays).
Pour la première fois, l'AIE envisage « un déclin éventuel (d'ici à 2050) de la demande mondiale de pétrole dans tous ces scénarios examinés » mais le moment et la vitesse de ce déclin diffèrent très fortement d'un scénario à un autre : dans le scénario « Stated Policies », la demande mondiale de pétrole continuerait à augmenter d'ici à 2030 (voir graphique ci-après). Le pic de la demande serait atteint au milieu des années 2030 et serait suivi d'une baisse très progressive par la suite.
4 mesures prioritaires
L’AIE met en avant 4 mesures prioritaires pour renforcer les actions de réduction des émissions de CO2 :
- un soutien supplémentaire massif à une « électrification propre »(3) là où il est acceptabletoutes les formes de flexibilité
; - un déploiement « sans relâche » des mesures d’efficacité énergétiquel’intensité énergétique mondialeNet Zero
; - une réduction rapide des émissions de méthane liées à l’exploitation d’énergies fossilesrentable
; - un soutien massif à l’innovation dans les technologies bas carbonede systèmes « CCUS » de capture, stockage et utilisation du CO2.
Dans le contexte de hausse des prix de l'énergie, le directeur de l'AIE Fatih Birol souligne « le risque de turbulence accrue pour les marchés mondiaux de l'énergie » et appelle à « investir massivement et rapidement » dans les technologies bas carbone. Pour rappel, les énergies fossiles ont encore compté, en 2020, pour 83,1% de la consommation énergétique mondiale et pour 61,3% de la production mondiale d'électricité.
Sources / Notes
- World Energy Outlook 2021, AIE, octobre 2021.
- L'AIE rappelle que « le secteur énergétique est responsable de près des trois quarts des émissions qui ont déjà fait augmenter les températures moyennes mondiales de 1,1 °C par rapport à l'ère préindustrielle ».
- La consommation mondiale de charbon dans le secteur électrique pourrait par ailleurs chuter de 20% d'ici à 2030 « par rapport aux récents pics » de demande.
- Plus de 50 pays ont en particulier annoncé des objectifs de « neutralité carbone ».
- En doublant ce déploiement d’ici à 2030 par rapport au scénario « Announced Pledges ».

