- AFP
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L'Ukraine et la Russie ont affirmé mardi avoir transmis aux Etats-Unis des informations sur ce que les deux pays présentent comment étant des tirs de l'autre camp contre leurs installations énergétiques, en "violation" du fragile moratoire annoncé par Washington sur les frappes visant de telles infrastructures.
A l'issue de pourparlers distincts en Arabie saoudite, les Etats-Unis ont diffusé la semaine dernière deux communiqués évoquant un moratoire sur les frappes contre des installations énergétiques en Ukraine et en Russie.
Mais aucune date précise n'y était toutefois évoquée, ni aucune condition, et l'Ukraine et la Russie s'accusent mutuellement depuis de violer cet accord incertain.
Mardi, Volodymyr Zelensky en a remis une couche lors d'une conférence de presse: "Je crois que les Russes violent ce qu'ils ont promis aux Etats-Unis", a-t-il attaqué.
Le président ukrainien a expliqué que ses équipes "transmettent presque quotidiennement des informations" sur les frappes russes visant ses sites énergétiques, y compris "aux Etats-Unis".
"Nous constatons que les Etats-Unis commencent à s'en rendre compte", a-t-il assuré, appelant l'administration de Donald Trump à "accroître la pression des sanctions" visant la Russie, pour frapper le Kremlin au porte-monnaie.
Dans la matinée, une frappe russe sur la ville méridionale de Kherson a privé d'électricité 45.000 de ses habitants, selon le chef de la diplomatie ukrainienne, Andriï Sybiga.
Dans sa prise de parole, M. Zelensky a ainsi réclamé un "suivi" de la mise en oeuvre du moratoire, un aspect "très important" selon lui.
- "Liste des violations" -
De son côté, Moscou dit depuis plusieurs jours que ce sont les forces ukrainiennes qui violent cet engagement obtenu par l'intermédiaire des Etats-Unis, le Kremlin répétant que l'ordre de Vladimir Poutine datant officiellement du 18 mars de ne pas tirer sur les sites énergétiques ukrainiens était complètement respecté par son armée.
Mardi, le ministère russe de la Défense a affirmé que les troupes ukrainiennes ont attaqué un site énergétique dans la région frontalière russe de Belgorod.
"Nous avons transmis la liste des violations (...) au conseiller à la sécurité nationale du président américain, Mike Waltz. J'ai envoyé cette liste au secrétaire d'État américain Marco Rubio", a affirmé plus tard le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, à l'issue d'une session du Conseil de sécurité russe.
Au cours de cette réunion, le ministre de la Défense, Andreï Belooussov, a dit au président Vladimir Poutine que le moratoire n'était "pas respecté" par la partie ukrainienne, selon des propos rapportés par M. Lavrov.
La Russie, dont l'invasion de l'Ukraine il y a plus de trois ans a fait des centaines de milliers de morts et de blessés, a aussi provoqué des destructions massives dans ce pays voisin, ravageant notamment son réseau énergétique.
- Discussions sur les minerais -
En parallèle, Américains et Ukrainiens travaillent à parvenir à un accord sur les minerais ukrainiens, demande-clef du président Trump depuis son retour à la Maison Blanche en janvier.
Le président américain pousse pour avoir "un deal" au plus vite, en échange du soutien militaire et financier déjà fourni à l'Ukraine pour faire face à l'invasion russe.
Mais l'Ukraine a temporisé mardi.
Le chef de la diplomatie ukrainienne Andriï Sybiga a expliqué que l'Ukraine souhaitait un accord "mutuellement acceptable", après de vives critiques de médias et responsables politiques ukrainiens considérant le projet américain comme très défavorable à Kiev.
"Il est toujours important de renforcer la présence d'entreprises américaines en Ukraine et nous allons travailler avec nos collègues américains pour parvenir à un texte mutuellement acceptable", a noté le ministre.
En fin de semaine dernière, Kiev a reçu une nouvelle version de ce document donnant aux Etats-Unis l'accès aux ressources minérales ukrainiennes, la signature d'un premier accord-cadre en ce sens ayant échoué en février, à la suite d'une spectaculaire joute verbale entre les présidents ukrainien Volodymyr Zelensky et américain Donald Trump dans le Bureau ovale.
Dimanche, M. Trump a averti M. Zelensky qu'il aurait de "gros problèmes" en cas de rejet de ce nouveau texte, dont les contours restent à ce stade encore flous.