Dans ce « policy brief » publié par la Chaire Économie du Climat de l’université Paris-Dauphine, Vincent Bertrand(1) constate que l’intérêt pour la co-combustion de biomasse dans les centrales au charbon, très populaire aux États-Unis depuis 2014, perdure toutefois aujourd’hui (pratiquée dans près de 40 des 435 centrales au charbon du pays). Il en explique les raisons, l’impact positif à court terme et le risque à long terme.

Dès janvier 2017, un livre blanc sur le sujet avait été transmis par le bureau d’études FutureMetrics à l’administration Trump(2), qualifiant la co-combustion de bois dans les centrales au charbon de « win-win-win ». Il profite à la filière forestière américaine, en offrant un nouveau débouché à sa production de pellets de bois(3) alors qu’elle est affectée par un recul de la demande de papier, mais aussi au secteur charbonnier cher à Donald Trump qui subit la rude concurrence du gaz de schiste.

Dans ces conditions, la co-combustion permet de protéger l’emploi, priorité de l’administration Trump, mais aussi de réduire à court terme les émissions de CO2 grâce à une baisse du contenu carbone de l’électricité produite par les centrales à charbon américaines. Cette baisse des émissions constitue un « co-produit » bienvenu qui laisse espérer une politique climatique plus ambitieuse des États-Unis. Vincent Bertrand met toutefois en garde sur le risque à long terme de pénaliser des technologies bas carbone en favorisant cette co-combustion qui pourrait constituer « un moyen détourné de prolonger » l’usage de l’énergie fossile émettant le plus de gaz à effet de serre.

Le livre blanc de FutureMetrics recommande la mise en place d’un « mécanisme de compensation du surcoût associé à la co-combustion par rapport à une utilisation classique des centrales au charbon ». A un taux de combustion de 10% de pellets dans les centrales à charbon, le surcoût à compenser est estimé à près de 7 $ par MWh. Cette stratégie pourrait par ailleurs peser sur la ressource forestière américaine(4). Elle constitue ainsi avant tout « une solution transitoire » ou nécessiterait de s’accompagner en parallèle d’une tarification du carbone ambitieuse pour ne pas freiner le développement des énergies renouvelables, indique Vincent Bertrand.

Sources / Notes

  1. Vincent Bertrand est maître de conférences en sciences économiques à l'Université de Franche-Comté (UFR STGI, laboratoire CRESE) et chercheur associé à la Chaire Économie du Climat (Paris-Dauphine).
  2. « Trump wants to save the coal industry. We offer a plan that can help », FutureMetrics, 2 janvier 2017.
  3. Le recours au pellet de bois est bien adapté à cette co-combustion en raison des faibles contraintes induites (en matière de pertes de rendement, de corrosion, d’encrassement, etc.).
  4. La quantité maximale de pellets que la forêt américaine peut fournir « de façon soutenable (c’est-à-dire en assurant la reproduction de la ressource et le cycle court du carbone) » est évaluée à 20 millions de tonnes par an. Ce qui correspond à la quantité de pellets nécessaires en cas de développement de la co-combustion dans 25% des centrales américaines au charbon à l’horizon 2030.