Le gaz « fossile », incompatible avec l’objectif de neutralité carbone en 2050
En France, le gaz naturel compte actuellement pour près d’un cinquième de la consommation d’énergie(3), son usage provenant pour moitié des bâtiments (chauffage de logements ou de bureaux, cuisson, etc.)(4). Il bénéficie, selon France Stratégie, d’une « bonne image auprès du public » d’un point de vue environnemental car sa combustion génère peu de particules et de polluants et émet moins de gaz à effet de serre que le pétrole et le charbon(5).
Toutefois, l’objectif de neutralité carbone de la France à l’horizon 2050(6) (c’est-à-dire l’équilibre entre les gaz à effet de serre émis dans l’atmosphère et ceux captés, notamment par les puits de carbone) est considéré par France Stratégie comme hors de portée « si on ne réduit pas suffisament à temps les usages du gaz fossile ». Actuellement responsable de 20% des émissions françaises de gaz à effet de serre, ce dernier devrait être remplacé d’ici le milieu du siècle par du gaz dit « renouvelable » ou d’autres sources d’énergie moins carbonées.
Par gaz « renouvelable », France Stratégie rappelle qu’il est principalement fait référence à 3 filières de production :
- la méthanisationdu biogaz ;
- la pyrogazéification ;
- la méthanation2par électrolyse à partir d’électricité décarbonée.

Le gaz naturel a compté pour 7,7% de la production électrique de la France en 2017. (©Connaissance des Énergies, d’après France Stratégie)
Le gaz « renouvelable », encore un « pari »…
Pour rappel, la loi de transition énergétique pour la croissance verte adoptée à l’été 2015 a fixé pour objectif de porter en France à 10% la part du gaz « renouvelable » dans la consommation gazière en 2030.
En 2017, les injections de biométhane (nom donné au biogaz, une fois épuré et odorisé) sur le réseau gazier français ont atteint 406 GWh en 2017, soit une hausse d'environ 89% par rapport à l’année précédente. Ces volumes correspondent toutefois encore à moins de 1% de la consommation gazière annuelle en France.

La production française de biométhane a augmenté de près de 89% entre 2016 et 2017. (©Connaissance des Énergies, d’après Observatoire du biométhane)
France Stratégie fait état de deux incertitudes majeures autour du gaz « renouvelable » : ses coûts de production(7) qui doivent être « plus documentés pour permettre un véritable débat sur le devenir du gaz » et la disponibilité des ressources (bois et hydrogène), ces dernières pouvant faire l’objet de conflits d’usage.
Face à ces incertitudes, « le remplacement du gaz fossile par du gaz renouvelable relève encore largement du pari » selon France Stratégie qui appelle à réfléchir aux scénarios permettant une réduction de la place du gaz dans le mix énergétique national. La note recommande entre autres de modifier la réglementation thermique en « intégrant les émissions de CO2 dans les critères de certification des logements ». À l’heure actuelle, plus de 11 millions de logements sont chauffés au gaz (et plus de 3 millions au fioul dont la rénovation est prioritaire).
Pour France Stratégie, il apparaît « logique de n’employer à terme le gaz que pour les usages auxquels il est difficile de substituer de l’électricité ou de la biomasse – pour des raisons techniques et de coût – ou durant les périodes où le système électrique ne peut répondre » (transports, industrie, production électrique flexible).
Précisons toutefois que France Stratégie appelle à poursuivre le développement des filières de production de gaz renouvelable, en amplifiant notamment « les efforts de R&D et les expérimentations pour rendre la pyrogazéification et la méthanation beaucoup moins onéreuses ». « Il ne sera pas difficile de trouver des débouchés » en cas de production « excédentaire » de gaz renouvelable mais l’objectif de neutralité carbone ne peut être conditionné à son développement, conclut France Stratégie.
Pour rappel, l'Ademe a publié en janvier 2018 une étude prenant pour hypothèse une très forte pénétration du gaz renouvelable (entre 75% et 100% du mix gazier français en 2050) afin d'« explorer les conditions de la faisabilité, mais également les freins d’une telle ambition ».
Sources / Notes
- Note d’analyse « Quelle place pour le gaz dans la transition énergétique ? », par Dominique Auverlot et Étienne Beeker, France Stratégie, septembre 2018.
- Placée auprès du Premier ministre, France Stratégie formule des recommandations au pouvoir exécutif, organise des débats, pilote des exercices de concertation et contribue à l’évaluation ex post des politiques publiques.
- Le gaz naturel, hors électricité, a compté pour 19,1% de la consommation finale d’énergie de la France en 2015, rappelle France Stratégie. Cette énergie a par ailleurs compté pour 7,7% de la production électrique française en 2017, d’après les dernières données de RTE.
- Où il est notamment en concurrence avec l'électricité sous formes de pompes à chaleur et de chauffe-eau thermodynamiques.
- Une centrale à gaz actuelle émet entre 350 g et 400 g de CO2 par kWh, contre environ 800 g CO2/kWh pour les centrales à charbon les plus modernes.
- Objectif énoncé par le Premier ministre dans son discours de politique général en juillet 2017.
- « Le surcoût annuel se chiffrerait en dizaines de milliards d’euros si tout le gaz d’origine fossile était aujourd’hui verdi » selon France Stratégie.