Venezuela : fin des licences pétrolières, quel impact ?

  • AFP
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Le président des États-Unis Donald Trump a mis fin au système de licences qui permettait à des multinationales du pétrole et du gaz d'opérer au Venezuela, une soupape qui avait permis à Caracas de bénéficier de revenus importants et de réorganiser sa production malgré les sanctions.

Étrangler économiquement le Venezuela

Avec la révocation des licences de l'Américain Chevron fin février et celles annoncées dimanche des autres compagnies comme l'Espagnol Repsol et le Français Maurel & Prom, Trump cherche à étrangler économiquement le Venezuela. Il promet aussi des taxes de 25% sur les produits de pays achetant du pétrole vénézuélien. Objectif : faire tomber le pouvoir de Nicolas Maduro dont il ne reconnait pas la réélection de 2024 entachée de fraude selon l'opposition.

M. Maduro, qui parle de "guerre économique" et de "sanctions criminelles" a promis de "résister" mais devra faire face aux douloureuses conséquences de la révocation de ces licences.

« Une certaine capacité d'opération »

En 2019, après la réélection de Maduro en 2018 lors d'un scrutin boycotté par l'opposition, M. Trump - déjà désireux d'évincer M. Maduro du pouvoir - avait imposé lors de son premier mandat un embargo sur le pétrole vénézuélien. Le géant pétrolier public vénézuélien PDVSA était alors en pleine déconfiture avec des scandales de corruption, une mauvaise gestion et un manque criant d'investissement. Les sanctions ont aggravé une situation déjà calamiteuse.

La production pétrolière, qui était de plus de 3 millions de barils par jour (Mb/j) au début des années 2000, s'était alors effondrée sous les 400 000 b/j.

Aujourd'hui, le Venezuela dispose "d'une plus grande marge de manœuvre", estime Gilberto Morillo, ancien directeur financier de PDVSA, pour qui le géant est en bien meilleure santé "avec une certaine capacité d'opération, bien que nous ne sachions pas à quel point elle est grande".

Une production qui avoisinerait aujourd'hui 900 000 b/j

Les licences octroyées fin 2022 par l'administration de Joe Biden ont permis au Venezuela de rénover des installations et augmenter sa production. Toutefois, elles étaient conditionnées à des "élections libres". Or, la réélection de Maduro en 2024 n'a pas été reconnue par une grande partie de la communauté internationale, y compris des alliés de gauche.

Selon l'Opep, la production du Venezuela tourne aujourd'hui autour de 900 000 b/j. Chevron produit 220 000 b/j, Repsol environ 60 000 b/j et Maurel & Prom entre 20 000 et 25 000 b/j.

Washington a donné jusqu'au 27 mai pour cesser toute leurs opération dans le pays. Mais la production ne va pas s'arrêter avec le départ de ces opérateurs, qui travaillent avec PDVSA, estime German Marquez, ex-vice-ministre des Hydrocarbures. "Aucun champ (pétrolier) en partenariat ne s'arrête par absence ou inertie d'un partenaire, bien qu'il puisse y avoir des difficultés opérationnelles", souligne ce responsable.

Quid de la commercialisation ? 

Si "PDVSA peut s'en sortir tant bien que mal" en termes de production, "la commercialisation est une autre affaire", assène toutefois M. Morillo. Avec l'embargo et la menace des 25% de droits de douane, Caracas va avoir un sérieux "problème pour monétiser son pétrole".

Le Venezuela a exporté en février environ 500.000 bpj vers la Chine, 240.000 vers les Etats-Unis et 70.000 vers l'Inde et l'Espagne.

Par le passé, PDVSA a dû offrir des rabais et vendre en dessous du prix du marché, tout en cherchant des tiers et intermédiaires pour contourner les restrictions et sanctions.

Caracas a aussi tenté de commercialiser du pétrole via des crypto-actifs. Mais un scandale de corruption, l'emprisonnement du ministre du pétrole Tareck El Aissami et 15 milliards de dollars de pertes, selon la presse, ont refroidi les ardeurs.

Reinaldo Quintero, président de l'Association pétrolière vénézuélienne, pense que la révocation des licences est "un risque pour les prix" et l'exportabilité du pétrole vénézuélien mais assure qu'il y a de la marge pour des négociations.

Du gaz utilisé pour le système électrique

Repsol a rappelé que 85% des activités de la compagnie au Venezuela concernent le gaz naturel utilisé en grande partie pour le "système électrique" dans ce pays frappé par de fréquentes coupures de courant. Avec l'interdiction de se faire payer en raison de la suppression de sa licence américaine, l'opérateur espagnol, s'il veut continuer à travailler, risque de devoir le faire à crédit.

"Si (les compagnies) continuent à opérer (...) et que PDVSA ne peut pas les payer, cela générera une dette", explique M. Morillo. Mais si "elles disent bon, nous fermons et nous partons, elles perdraient tout leur investissement"...

L'italien Eni, qui se trouve dans une situation similaire, a toutefois dit chercher à "identifier des options pour garantir que les approvisionnements en gaz non sanctionnés, essentiels pour la population, puissent être rémunérés par PDVSA".

La première conséquence de l'annonce de la révocation des licences a été l'envol du dollar sur le marché au noir, explique le consultant César Aristimuño. La demande de dollars - valeur refuge - a augmenté. Certains craignent qu'avec des recettes en berne, l'hyperinflation, la pénurie, et la récession (contraction de 80% du PIB entre 2014 et 2021) ne reviennent.

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