Dans cette étude publiée le 18 septembre par le Centre Énergie & Climat de l’Ifri, Hugo Le Picard(2) rappelle que la production de déchets municipaux et l'accès à l'électricité constituent deux défis majeurs de l'Afrique subsaharienne. En augmentant la production électrique, l'incinération de déchets « apparaît comme un moyen efficace de traiter ces deux problèmes d'un même front ». L'auteur détaille ainsi les avantages de cette solution mais surtout ses limites, mises en exergue dans le projet éthiopien de Reppie à Addis-Abeba.
L'urbanisation « rapide et incontrôlée des métropoles africaines »(3) s'accompagne d'une forte augmentation de déchets qui s'entassent la plupart du temps dans des décharges. Ces dernières peuvent entre autres contaminer l'eau de réserves situées à proximité (par le lixiviat(4)) et devenir alors un vecteur de propagation de maladies. La dégradation de déchets dans des décharges ouvertes ont également des effets « non négligeables sur le réchauffement climatique » : près de 1,58 million de tonnes de méthane par an seraient émises par les décharges en Afrique subsaharienne, soit environ 39,5 Mt équivalent CO2 selon l'auteur, « l'équivalent des émissions de gaz carbonique de la Suisse en 2017 ».
Hugo Le Picard rappelle par ailleurs que les différentes initiatives internationales visant à électrifier l'Afrique subsaharienne (SE4ALL, Power Africa, Sustainable Energy Fund of Africa, etc.) n'ont « pas permis de changer d'échelle » à ce jour. Le taux d'électrification progresse lentement (42% en moyenne dans cette zone hors Afrique du Sud) mais est « constamment remis en cause par l'accroissement démographique ». En parallèle du développement de solutions décentralisées (comme les kits solaires), d'importants investissements dans de nouvelles capacités de production électrique mais aussi dans le renforcement des réseaux sont ainsi nécessaires(5). L'étude indique que le potentiel théorique de production lié à l'incinération de déchets municipaux s'élèverait à « plus de 11% de la consommation électrique de l'Afrique subsaharienne ».
Le développement de l'incinération de déchets en Afrique subsaharienne se heurte toutefois à de nombreuses contraintes : les déchets dans cette zone sont notamment très hétérogènes et comprennent une part importante de déchets organiques à faible valeur calorifique (environ 4 MJ/kg, soit 4 fois moins que les papiers(6)). La Chine propose des techniques d'incinération adaptées aux spécificités des pays émergents mais Hugo Le Picard souligne que ces dernières fonctionnent avec l'ajout de combustibles fossiles. L'étude souligne l'intérêt de séparer à la source les déchets organiques (pouvant être utilisés comme compost) des autres déchets dirigés vers la centrale d'incinération.
Il est rappelé que les centrales d'incinération nécessitent un investissement initial significatif et que leur gestion demande « une maintenance et une expertise technique importante » (afin d'éviter notamment des émissions de fumées toxiques). Une vision précise des déchets disponibles et une coopération étroite avec les acteurs locaux sont par ailleurs nécessaires pour mener à bien des projets d'incinération. Des éléments qui ont fait défaut dans le projet très médiatique de la centrale Reppie à Addis-Abeba, qui a été à l'arrêt la plupart du temps depuis sa mise en service à l'été 2018 (notamment en raison de l'absence de tri des déchets). Hugo Le Picard juge à ce titre que « l'incinération restera très probablement l'exception plutôt que la règle pour le secteur de la gestion des déchets dans les zones urbaines africaines ».

En Afrique subsaharienne, les émissions de méthane provenant des décharges ont été multipliées par 8 depuis les années 1970. (©Connaissance des Énergies, d'après Ifri)