Carburants non-fossiles: doutes de compagnies aériennes sur les objectifs européens

  • AFP
  • parue le

Les principales compagnies aériennes européennes ont mis en doute jeudi la faisabilité des objectifs d'incorporation de carburants non fossiles dans les réservoirs de leurs avions à l'horizon 2030, estimant que leur production risquait de ne pas être suffisante.

Ces transporteurs ont toutefois assuré qu'ils restaient "totalement engagés à décarboner l'aviation et à réduire les émissions", après que la Commission européenne a eu rétorqué qu'elle jugeait ces objectifs "réalistes et faisables".

L'Union européenne, dans le cadre de ses efforts de décarbonation, impose qu'une partie croissante des carburants d'aviation soit issue de sources renouvelables ("sustainable aviation fuels", SAF en anglais).

Fixée à 2% depuis le début de l'année, cette proportion doit monter à 6% en 2030 et progressivement jusqu'à 70% en 2050.

Mais d'ores et déjà, "nous ne disposons pas d'assez de SAF, et le SAF que nous avons est très cher", trois à cinq fois plus que le kérosène issu du pétrole, a affirmé Luis Gallego, patron du groupe aérien IAG (British Airways, Iberia...) au nom de l'association Airlines for Europe (A4E).

A4E, qui représente 17 groupes européens, de Lufthansa à Ryanair en passant par Air France-KLM et easyJet, organisait jeudi une conférence de presse à Bruxelles pour réclamer à Commission européenne qu'elle défende leur "compétitivité" à l'échelle mondiale.

Le même jour, les auteurs d'une étude du Boston Consulting Group ont prévenu que la production de carburants non fossile devait être accélérée si le secteur aérien voulait atteindre ses objectifs de décarbonation.

Même si la production de SAF a été multipliée par 12 entre 2021 et 2024, ces carburants restent largement minoritaires et n'ont représenté que 0,3% de la production mondiale de carburants d'aviation l'an dernier, ont-ils souligné.

- "Décaler l'objectif" -

"Il est désormais évident que l'offre de SAF ne sera pas au rendez-vous pour atteindre les objectifs de 6% d'ici à 2030", a affirmé le patron de Ryanair Michael O'Leary, lors de la conférence de presse d'A4E.

"A moins que des mesures soient prises immédiatement" pour faire augmenter la production, "la seule solution est de décaler l'objectif 2030", a ajouté M. Gallego.

Au niveau mondial, le secteur aérien, qui contribue actuellement à quelque 3% des émissions de CO2, s'est engagé à "zéro émission nette" à l'horizon 2050 et compte à 65% sur les SAF pour atteindre ces objectifs.

Ces produits sont élaborés à partir de biomasse, d'huiles usagées ou encore à base d'hydrogène produit grâce à de l'électricité décarbonée, une technique encore coûteuse et complexe.

En réaction aux déclarations d'A4E, un porte-parole de la Commission européenne a affirmé que l'institution considérait les objectifs actuels de SAF "réalistes et faisables" et a rappelé qu'elle avait fait l'objet d'un accord entre les États-membres.

"Nous avons confirmé que nous garderions le cap sur le +Green Deal+ européen et allons donc nous en tenir à ces objectifs. Il s'agit maintenant de les appliquer, et nous offrirons notre soutien là où ce sera nécessaire", selon la même source.

Les membres d'A4E "restent totalement engagés à décarboner l'aviation et à réduire les émissions, et à atteindre zéro émission nette en 2050", a répondu à son tour le lobby. Mais "du SAF abondant et bon marché est critique pour parvenir à ce but".

"Nous sommes profondément préoccupés de voir que la réglementation (...) n'a pas réussi à créer le marché de SAF abordable qui était promis", selon la même source, A4E insistant sur le fait que les producteurs de SAF "ne tenaient pas leurs engagements".

"Je pense que nous sommes tous alignés sur notre engagement à zéro émission nette d'ici à 2050", avait auparavant affirmé jeudi le directeur général d'Air France-KLM, Benjamin Smith.

Mais le patron du groupe Lufthansa, Carsten Spohr, a estimé que le retard d'Airbus dans son programme d'avion à hydrogène et la priorité désormais donnée par certains groupes pétroliers à la production d'énergies fossiles sous l'impulsion de la nouvelle administration américaine "auront des conséquences sur l'objectif" 2050.

"Faisons en sorte de créer un débat plus honnête sur ce sujet", a-t-il plaidé.

tq-myr/jca/LyS

Ajouter un commentaire

Undo Redo Enlarge Shrink List-numbered List bullet Bold Underline Italic Strike through Link Clear-formatting Horizontal rule