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L'évaluation complète des coûts et du calendrier de la construction des six futurs réacteurs EPR2 d'EDF, dans le cadre de la relance du nucléaire voulue par l'État, va prendre encore "plusieurs mois", a-t-on appris jeudi de source proche de l'électricien.
Un devis désormais attendu en décembre 2025
"Dans les prochains mois, nous arriverons à maturité sur les coûts et les délais avec la volonté ferme de garantir la compétitivité dans la durée et de dérisquer le programme", selon cette source.
Selon le journal Les Échos, "le nouveau calendrier arrêté avec l'État mise désormais sur décembre 2025", alors "que le gouvernement misait initialement sur un devis fin 2024".
L'objectif d'EDF et de son unique actionnaire, l'État, est d'éviter la répétition d'un scénario à la Flamanville, le chantier de l'EPR normand émaillé d'une série de dérapages de coûts et de calendrier.
Un rapport accablant de 2019 de l'ex-patron du constructeur automobile PSA, Jean-Martin Folz, avait notamment pointé "l'irréalisme" des estimations initiales. Le réacteur a finalement démarré fin 2024 avec 12 ans de retard.
Une enveloppe « en dessous de 100 milliards d'euros » pour les trois paires
Le mois dernier, la Cour des comptes s'est montrée sceptique sur la crédibilité du programme EPR2 en alertant sur ses "incertitudes".
La facture des six EPR2 a déjà bondi de 30%, à 67,4 milliards d'euros selon un chiffrage prévisionnel d'EDF datant de fin 2023, révélé en mars 2024. À l'époque, le groupe avait expliqué mener "une phase d'optimisation des coûts et du planning".
Le PDG d'EDF Luc Rémont compte en effet, vers la fin du programme, construire chaque réacteur en 70 mois au maximum grâce à l'effet d'industrialisation.
L'évaluation finale prendra donc encore plusieurs mois. En attendant, le ministre chargé de l'Énergie Marc Ferracci a donné une enveloppe fixant les ordres de grandeur : "le coût, c'est en dessous de 100 milliards d'euros" pour les trois paires de réacteurs, a-t-il dit mercredi sur Sud Radio. "Le schéma de financement sera annoncé dans les prochaines semaines", a-t-il aussi indiqué.
S'inspirer du programme tchèque validé par la Commission européenne
"Les principaux paramètres (...) doivent être validés préalablement par le Conseil de politique nucléaire (une instance présidée par Emmanuel Macron, NDLR), avant que le projet ne soit présenté à la Commission européenne" pour vérifier si un soutien étatique est compatible avec le droit de la concurrence, a indiqué Bercy jeudi à l'AFP.
"C'est un projet structurant pour la politique énergétique du pays pour les décennies à venir (...). L'ampleur financière - plusieurs dizaines de milliards d'euros - et temporelle nécessite d'avancer avec méthode", ajoute le ministère.
Selon Marc Ferracci, ce cadre de financement "s'inspirera d'autres exemples validés par la Commission européenne pour la construction de réacteurs nucléaires". Il s'agit notamment du programme tchèque de Dukovany, financé à plus de 90% par un prêt étatique à taux zéro, selon la source proche de l'électricien.
En France, le schéma prévoit, outre ce prêt à taux zéro, un mécanisme de financement qui permet de fixer un prix garanti pour les ventes d'électricité, selon cette même source. EDF mise sur une décision finale d'ici fin 2026, avant l'élection présidentielle.