Fusion nucléaire : la difficile quête du projet Iter d'une énergie « pratiquement illimitée »

  • AFP
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Maîtriser une source d'énergie "pratiquement illimitée, propre, sûre et à un coût abordable". C'est l'objectif d'Iter, ambitieux projet de recherche international qui se heurte à des retards et surcoûts considérables et fait désormais face à la concurrence de start-ups attirées par un marché en plein essor.

Un projet conçu dès 1985

Le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre indien Narendra Modi visitent mercredi ce chantier pharaonique, installé dans le sud-est de la France et qui vise à reproduire sur Terre la fusion nucléaire qui donne leur énergie au Soleil et aux autres étoiles.

Un projet conçu en 1985 et officiellement signé en 2006, qui réunit l'Union européenne, la Chine, l'Inde, le Japon, la Corée du Sud, la Russie, et les États-Unis. Le chantier est implanté sur un site de 180 hectares à Saint-Paul-lès-Durance, juste à côté du centre de recherche de Cadarache du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) français, à 70 kilomètres au nord-est de Marseille, la deuxième ville de France.

Contrairement aux centrales nucléaires actuelles, qui fonctionnent sur la fission d'atomes lourds, la fusion vise à unir deux noyaux atomiques légers pour en former un seul lourd, libérant une énorme quantité d'énergie. Les atomes fusionnés sont constituants de l'hydrogène, laissant entrevoir une matière première abondante et facile à exploiter. De quoi fournir, selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), une énergie "pratiquement illimitée, propre, sûre et à un coût abordable".

Mais pour arriver à cette réaction, il faut amener la matière à des températures très élevées, où elle se transforme en un plasma gazeux. C'est le rôle de la machine géante en construction sur le site d'Iter, au cœur de laquelle se trouve la "chambre à vide", gigantesque boucle en forme de chambre à air de 19 mètres de diamètre et 11 mètres de hauteur où se produira la réaction de fusion.

Défauts détectés en 2022

Mais en 2022, des "non-conformités dimensionnelles" sont détectées sur les premiers modules livrés : en clair des écarts jusqu'à deux centimètres entre les parties devant être soudées entre elles. Des défauts sont également détectés sur les boucliers thermiques devant assurer leur refroidissement.

Résultat, au moins huit années de retard prévues sur le calendrier initial. Première étape cruciale, la production du "premier plasma", attendue pour 2025, est reportée à au moins 2033.

Quant au surcoût, il est estimé autour de 5 milliards d'euros, pour un coût total déjà engagé estimé entre 20 et 40 milliards d'euros. Selon la direction le montant exact est difficile à chiffrer, beaucoup de contributions des membres se faisant en nature.

Les déboires d'Iter interviennent alors que de nombreux laboratoires universitaires et start-ups se sont lancés dans la course à la fusion et ont annoncé ces derniers mois des avancées significatives. La direction d'Iter, à laquelle les pays membres affichent toujours leur soutien, promet d'ailleurs de renforcer la coopération avec le secteur privé.

Commentaires

Serge Rochain
On est très très loin d'avoir les moyens de la nature pour faire un Soleil.... les arrieres petits enfants de mon arrière petit fils ne consommeront toujours pas le premier KWh de la fusion nucléaire
Denis Margot
Heureusement, la fission a encore de beaux jours devant elle, ça permettra de faire patienter votre rejeton.
Emmanuel Finzi
Surcout élevé pour des résultats incertains à l'horizon 2040 ! On est trés loin derrière les Américains et les Chinois qui maintiennent déjà des plasmas à plusieurs dizaines de millions de degrés durant plus de dix-sept minutes !
GV
ITER est l'énergie du futur, et le restera !
Silicate
faire un gros àprojet à 20 milliards d'euros sans avoir été ca^pable de faire des prototype de petite taille est visiblement une erreur
BrigitteMB
ITER est un projet politique de collaboration à l'échelle mondiale. Pas étonnant qu'on soit rattrapé par les questions techniques quand on fait fabriquer des modules à assembler de la même cuve aux 4 coins du monde plutôt qu'en un seul endroit. Et ça ne peut pas aller vite. La vraie question est : les start-up qui ont levé des sommes colossales avec des promesses de fourniture au début des années 2030 (Helion a même promis 2028 à son financeur Microsoft) ont-elles vraiment des espoirs d'y arriver grâce à des ruptures technologiques (probablement dans les matériaux plus que dans la fusion elle-même), ne serait-ce qu'en 2040 ? Ou tout cela n'est-il qu'un giga-bluff ??? PS : ce ne sont pas des constituants de l'hydrogène, mais des isotopes de l'hydrogène, ayant au contraire un neutron (deutérium) ou deux (tritium) de plus que l'hydrogène, qui sont fusionnés (contrairement au soleil, où c'est vraiment l'hydrogène). Et le plasma n'est pas plus gazeux que liquide, c'est un autre état de la matière.
Hélène de la R…
En effet vous avez raison de souligner que les start-up - qui sont en fait des sociétés assistées vu les financements, entre autre publics, qui leur sont allouées - jouent au poker avec ces sommes, Une partie importante de ces sociétés ne parviennent pas à un équilibre économique concluant, si bien qu'on peut parler de gabegie.

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