Un train déjà en service en Allemagne, un modèle « bi-mode » commandé en France
Le Coradia iLint est « le premier train de passagers au monde à traction électrique assurée par une pile à combustible hydrogène », rappelle Alstom. Il a vocation à circuler sur les lignes non électrifiées et constitue en particulier « une solution idéale pour les lignes de desserte fine(1) du territoire, enjeu stratégique de mobilité pour l’État et les Régions » en France. En Allemagne, deux trains régionaux de ce type sont déjà en service depuis 2018 (41 rames ont été commandées au total outre-Rhin).
Sur le réseau ferroviaire français, Alstom prévoit une expérimentation de ce train à hydrogène en 2022 sur la ligne Tours-Loches, qui constitue précisément « une ligne de desserte fine du territoire » en région Centre-Val de Loire.
En avril 2021, SNCF Voyageurs a par ailleurs déjà commandé(2), pour le compte de 4 régions françaises(3), 12 rames Coradia Polyvalent dites « bi-mode » (électricité/hydrogène) : ces trains, plus lourds que le Coradia iLint, disposeront de piles à combustible mais pourront également se connecter aux caténaires sur les lignes électrifiées. Mesurant 72 mètres de long (218 places assises), ils disposeront d'une « autonomie pouvant aller jusqu’à 600 km sur les portions de lignes non électrifiées » selon Alstom.
Le recours à l’hydrogène sur le réseau ferroviaire français
En France, près de la moitié des 30 000 km de voies du réseau ferroviaire sont non électrifiées. Les trains empruntant ces portions, principalement situées sur des lignes régionales, y fonctionnent actuellement « en mode thermique » en consommant du diesel. L'électrification des voies par caténaire n'étant pas généralisable à l'ensemble du réseau (notamment en raison des lourds investissements), le recours à de nouvelles technologies bas carbone, dont l'hydrogène, est envisagé pour réduire les émissions liées à la consommation de diesel(4).
Toutefois, « la principale condition d'un point de vue environnemental est de produire cet hydrogène de manière décarbonée par électrolyse, ce qui est loin d'être le cas actuellement », rappelle Aurélien Bigo, chercheur spécialiste de la transition énergétique des transports. En outre, « une forte condition de développement sera de résoudre l'équation économique, avec actuellement des coûts du matériel roulant et de l'énergie qui sont supérieurs aux trains diesel », souligne-t-il.
Dans une étude de septembre 2020, l’Ademe estimait que sur « 52 lignes prioritaires au verdissement identifiées par les régions françaises, 34 lignes pourraient être pertinentes pour l’hydrogène par rapport à une électrification des voies » avec « un besoin post 2025 de 200-250 trains ».
Reportage en images
Le train à hydrogène ayant circulé près de Valenciennes le 6 septembre a été « présenté dans une configuration allemande ; des adaptations seront nécessaires pour homologuer le Coradia iLint selon le référentiel normatif français », précise Alstom. (©Samuel Dhote/Alstom)
Le train Coradia iLint est équipé d’un réservoir d’hydrogène et d’une pile à combustible sur son toit. (©Samuel Dhote/Alstom)
Le train Coradia iLint est composé de 2 voitures, contre 4 pour les rames Coradia iPolyvalent commandées par la France en avril 2021. (©Samuel Dhote/Alstom)
Alstom présente le Coradia iLint comme un train léger « à zéro émission […] aussi silencieux qu’un train électrique et qui émet uniquement de la vapeur d'eau ». (©Samuel Dhote/Alstom)
Hors d’Allemagne, des « expérimentations réussies » du Coradia iLint ont déjà eu lieu en Autriche, aux Pays-Bas et en Suède. L’Italie a par ailleurs commandé 14 rames fin 2020. (©Samuel Dhote/Alstom)
Sources / Notes
- La SNCF utilise « un indicateur synthétique de sollicitation des voix pondéré par le tonnage, la vitesse et la fréquence » pour distinguer le réseau « structurant » et les lignes « de desserte fine du territoire » (qui couvrent 12 047 km de voies, soit 42% du réseau). Document de la SNCF sur les lignes de desserte fine du territoire.
- Première commande de trains à hydrogène en France, étape historique de la mobilité durable, Communiqué de presse d’Alstom du 8 avril 2021.
- Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche Comté, Grand Est et Occitanie.
- Selon l'Ademe, le diesel compte encore 25% pour de l’énergie consommée par les rames TER et est responsable de 75% de leurs émissions de CO2.