Aucune filière renouvelable exemplaire

Dans un article publié le 27 octobre, la FRB vulgarise les conclusions d’une étude scientifique(1) sur les impacts des énergies renouvelables sur la biodiversité. Elle y fait le constat qu’il « n’existe pas de filière d’énergie renouvelable qui n’ait aucun impact », quand bien même ces énergies sont « souvent implicitement considérées comme favorables à l’environnement ».

La FRB fait ainsi état des effets négatifs (et positifs) de chaque filière renouvelable (solaire, éolien, hydroélectricité, bioénergie, géothermie et énergies marines) sur la base de plus de 500 études scientifiques consacrées à ce sujet : perte ou modification d’habitats, pollutions, conflits d’usages de l’eau, invasions biologiques, etc. Si les différentes filières possèdent chacune leurs propres contraintes, certaines d’entre elles font peser des pressions plus fortes sur les écosystèmes comme l’hydroélectricité et la biomasse.

Les installations hydroélectriques modifient entre autres les régimes hydriques en amont et en aval des sites de production et peuvent affecter la biodiversité, notamment en cas d’eutrophisation du milieu (accumulation de nutriments). Des dispositifs peuvent toutefois atténuer les impacts sur la biodiversité (comme les passes à poissons), voire avoir des effets favorables (comme la création d’îlots artificiels constituant des habitats pour la loutre géante au Brésil)(2).

Des compromis nécessaires

Les impacts des énergies renouvelables sur la biodiversité varient selon la filière concernée et naturellement selon le lieu et les conditions d’implantation. La FRB rappelle à ce propos que les contraintes seront « d’autant plus importantes que ces solutions énergétiques seront déployées à grande échelle pour permettre une transition rapide vers une économie verte ». La transition énergétique s’accompagne ainsi de défis environnementaux « cachés », comme l’indiquait également une étude de la Banque mondiale en juillet 2017 sur les énormes besoins de minerais et de métaux.

Il n’y pas de remise en cause du développement des filières renouvelables mais la FRB souhaite mettre en lumière leurs impacts négatifs potentiels sur la biodiversité et les écosystèmes qu’elle juge « sous-estimés ». La FRB recommande par exemple d’installer les grandes centrales solaires dans des zones éloignées des écosystèmes. Elle rappelle que l’espacement nécessaire des panneaux et les infrastructures de soutien (voies d’accès, équipements électriques, etc.) mobilisent une surface totale environ 2,5 fois supérieure à celle des panneaux eux-mêmes. Les panneaux solaires installés sur des toitures ou des façades de bâtiments sont au contraire jugés « peu impactants lorsqu’ils sont montés sur des structures existantes ».

Dans ces conditions, il s’avère nécessaire de « déterminer les compromis cachés de l’expansion des énergies renouvelables entre le développement économique et la protection de l’environnement » selon la FRB. La promotion des biocarburants (de 1re génération) est notamment motivée par la plupart des pays comme un moyen d’améliorer la sécurité énergétique et le développement économique plutôt que de promouvoir la « durabilité environnementale ».

Une meilleure prise en compte de la protection de l’environnement est attendue dans l’action publique du ministère de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot s’étant engagé à ce que celle-ci accorde « autant d’importance à la reconquête de la biodiversité qu’elle en donne à la lutte contre le changement climatique »(2). Le ministre rappelle par ailleurs que les écosystèmes peuvent constituer les « premiers alliés » dans cette lutte, en particulier grâce aux puits de carbone constitués par la biomasse.

Pour rappel, la loi de transition énergétique pour la croissance verte fixe entre autres pour objectif de porter à 32% la part des renouvelables dans la consommation d’énergie finale de la France en 2030 (et à 40% dans la production nationale d’électricité à cet horizon).

Sources / Notes

  1. L’étude originale « Renewable energy and biodiversity: Implications for transitioning to a Green Economy » a été publiée en avril 2017 dans « Renewable and sustainable energy reviews ». Les résultats de cette étude ont été présentés par la FRB le 5 octobre 2017.
  2. Lors de la journée annuelle de la FRB le 5 octobre dernier, Laurent Gazull du Cirad (organisme français de recherche agronomique) a par ailleurs souligné l’impact des importations de biocarburants : « si nous substituons 10% de notre essence en France pour du bioéthanol, cela équivaudrait à 1,5 tonne de E85, soit la consommation en sucre de l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest ».
  3. « Nicolas Hulot place la reconquête de la biodiversité au cœur des territoires », Ministère de la transition écologique et solidaire, 31 octobre 2017.